Depuis 2009, l’IMT réalise une enquête de conjoncture auprès d’entreprises pendant le forum des Télécommunications. L’IMT identifie des tendances en matière de recrutement dans le secteur du numérique pour l’année en cours. 

Des compétences Big Data, cyber-sécurité et IA au cœur des attentes

Les employeurs de l’IT affichent des perspectives de recrutement équivalentes à l’an dernier. L’intelligence artificielle fait maintenant partie des compétences les plus recherchées.11ème Baromètre des métiers du numérique

Le ralentissement économique de ces derniers mois aura peu d’impact sur les recrutements de jeunes ingénieurs du numérique en 2019. C’est du moins ce qui ressort de notre étude réalisée le 10 janvier dernier dans le cadre du Forum des Télécommunications organisé par les étudiants de trois de nos écoles (*).

Publié pour la onzième année consécutive, ce baromètre montre un niveau de confiance des entreprises interrogées toujours au beau fixe.
Une écrasante majorité d’entre elles (94%) entrevoit même des perspectives d’activité en hausse, le reste envisageant une stabilité de leur business. ESN (ex SSII), éditeurs de logiciel, cabinets conseils, industriels télécom et électronique … toutes affichent à l’unisson une confiance d’acier

11ème Baromètre des métiers du numérique

Ce qui ne signifie pas pour autant qu’elles vont maintenir les mêmes niveaux élevés de recrutement.
Certes, de manière globale, les perspectives d’embauches 2019 sont équivalentes à celles affichées lors de notre baromètre 2018. Toutes activités confondues, 49% des entreprises envisagent de recruter plus et 45% autant qu’en 2018 (contre respectivement 50% et 44% il y a un an).

Les ESN et groupes de conseil en ingénierie en particulier continuent à recruter autant. Comme en 2018, 63% déclarent accroître leur volume d’embauche. Du côté de Segula Technologies, par exemple, on annonce 4700 personnes à intégrer en 2019 dont environ 2000 en France.
Les chiffres sont aussi impressionnants chez Sopra Steria avec 3800 postes ouverts cette année pour l’ensemble du groupe, autant qu’en 2018. Des plans dus aussi bien à la croissance de l’activité qu’au turn-over, traditionnellement élevé dans ce secteur.

L’audit-conseil hyper actif

Les cabinets d’audit-conseil maintiennent, eux aussi, un bon rythme de croisière. 50% assurent embaucher davantage cette année et l’autre moitié autant qu’en 2018. Des chiffres quasiment stables depuis un an. Même climat optimiste du côté des opérateurs télécom.

Après un fléchissement l’an dernier, les recrutements repartent à la hausse, la moitié s’attendant à une augmentation de nouvelles recrues. Un score identique à celui des éditeurs de logiciels. 50 % déclare accélérer les recrutements mais c’est 25 points de moins qu’en 2018.

Après avoir créé de nombreux emplois ces dernières années, l’industrie du logiciel semble reprendre son souffle dans un contexte économique un peu moins favorable. A titre d’exemple, Amadeus (logiciel de gestion – 4000 salariés) devrait réduire ses offres de postes après une année 2018 exceptionnelle, marquée par l’intégration de 480 personnes à Sophia Antipolis (06).

A cette guerre des talents, viennent maintenant se mêler quelques belles start-up en pleine croissance. On en comptait 20 sur l’espace qui leur était dédié en janvier dernier au Forum des Télécommunications pour attirer des candidats ingénieurs. Studio et éditeur de jeu vidéo, Novaquark cherche actuellement une dizaine de développeurs à Paris.

Sans compter la future équipe qui devra animer courant 2019 son nouveau centre de développement canadien à Montréal. C’est aussi plusieurs dizaines d’ingénieurs qu’espère faire venir Dxomark Image Labs. Comptant déjà 50 collaborateurs, ce laboratoire indépendant de mesure de qualité d’images publie des classements reconnus dans le monde entier.

En manque d’experts en cyber-sécurité

Comme les années précédentes, les demandes des entreprises se focalisent sur « l’étude et le développement des logiciels et réseaux » suivi de près par « l’architecture & ingénierie ».  A elles seules, ces deux grandes catégories de métiers représentent le tiers des demandes de recrutement.

Les métiers du « conseil » absorbent quant à eux 13% des besoins, tous secteurs confondus. Quant aux professionnels « du « déploiement–exploitation », ils sont les plus convoités par les opérateurs télécom (16%), les ESN et conseils en ingénierie (13%).

Parmi les compétences les plus recherchées, celle relative à la « Science des données » reste au sommet. Elle concentre 10% des demandes des entreprises sondées pour notre baromètre. Un chiffre qui atteint même 12% dans l’audit/conseil.  Les experts du Big Data sont également très prisés par l’industrie télécom et électronique (10%) et dans le conseil en ingénierie (9%).

Un peu partout, les entreprises étoffent leurs équipes de « data scientists », comme chez Naval Group (ex DCNS) ou Algolia (moteur de recherche cloud). En pleine expansion, ce dernier, qui prévoit de recruter une centaine de personnes en France, a monté récemment une équipe de spécialistes Data. Une initiative qui illustre la tendance à constituer des « pool » d’experts au lieu de disséminer ces profils dans les différents services.

Vers l’Usine du Futur

Les entreprises s’arrachent toujours les spécialistes de la cyber-sécurité. Des compétences rares qui atteignent globalement 8% des demandes avec des pics dans l’audit/conseil (10%) et l’industrie (10%). Pour le cabinet conseil Magellan Consulting (environ une centaine de recrutements en 2019), la tension sur ce métier va aller croissante : « au-delà de l’obligation de se mettre en conformité avec des normes plus contraignantes, les directions générales de nos clients ont pris conscience des menaces et investissent pour sécuriser davantage les systèmes d’information ».

Dans l’industrie de pointe, ces profils font partie des cibles prioritaires. Naval Group en cherche pour sécuriser les données et communications de navires et d’équipements ultra-connectés en projet.

 

La tendance à renforcer les équipes de cyber-sécurité devrait encore prendre de l’ampleur alors qu’émergent les « usines du futur », selon Segula Technologies. Grâce à l’IOT et au « smart manufacturing », l’arrivée du numérique au cœur de l’industrie va se traduire par une connectivité omniprésente et un partage de la « data ». Pour donner leur pleine mesure, ces sites industriels 4.0 auront besoin de se protéger des cyber-attaques. Plus globalement, l’industrie du futur fait maintenant partie des sujets qui montent dans les cabinets d’audit/conseil et les ESN. Réalité augmentée, impression 3D, systèmes embarquées … autant de métiers qui s’annoncent très porteurs dans l’automobile et l’aéronautique par exemple.

L’IA, une priorité des recruteurs

Les ingénieurs capables d’intégrer l’intelligence artificielle dans les projets seront les rois. Avec 8% des besoins en compétences, l’IA est devenue une priorité RH. C’est notamment le cas dans les ESN et conseil en ingénierie (9%).

Chez Sopra Steria, une équipe dédiée à l’IA d’une quinzaine de personnes est déjà à pied d’œuvre sur différents projets. Ce n’est pas la seule SSII à commencer à travailler dans ce domaine d’avenir. A leur tour, les cabinets d’audit/ conseil ont aussi pris le sujet au sérieux.

D’après notre étude, l’IA pèse déjà 11% des demandes de compétences dans ce secteur. Il faut dire que le métier du conseil n’a plus le choix. Il doit accompagner sa clientèle, de grandes entreprises qui se digitalisent à toute vitesse transformant ainsi certains de leurs métiers et organisations.

Pour relever le défi, les cabinets conseil devraient multiplier les collaborations avec les start-up, comme le fait déjà PWC en France. Plus « agiles », les PME innovantes ont pris une longueur d’avance. Fondée en 2015, Shift Technology (plateforme permettant aux assurances de détecter des déclarations frauduleuses) a déjà intégré l’IA dans ses solutions.

En 2019, son objectif est de doubler ses effectifs en axant ses efforts de recrutement sur des développeurs, des experts Big Data … et bien sûr des ingénieurs en IA.