Cet article est issu d’un numéro de ctrl +, la newsletter des grands défis : L’ingénierie française, désert de talents ?
Ctrl + F : où sont passées les ingénieures ?
La moitié du vivier de talents reste largement inexploité. En plus d’alimenter les inégalités, ce déséquilibre prive la France d’un extraordinaire réservoir de talents et d’un gisement de créativité, d’innovation et de compétences, indispensable à sa transition industrielle et écologique.
C’est tout le sens de l’engagement de l’Institut Mines-Télécom : programme Ambassadrices, mentorat, actions dans les écoles et plans pour un environnement d’études plus inclusif… En ce début d’Année de l’ingénierie, nous voulons rappeler que les sciences et les technologies ont besoin de tous les talents, sans distinction de genre.
Du primaire au doctorat, la lente érosion des vocations féminines
Alors que les femmes représentent plus de la moitié des étudiants (56%), cette année encore, la brochure 2025 des chiffres clés de l’égalité met en lumière leur sous-représentation dans les formations sélectives, les formations scientifiques et plus particulièrement dans les secteurs d’avenir comme l’informatique ou les mathématiques. De nombreux défis restent à relever pour améliorer la représentation des femmes dans les sciences.
C’est par ce constat que Philippe BAPTISTE, ministre chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, introduit la brochure Vers l’égalité femmes-hommes ? Chiffres clés 2025, éditée par le service statistique de son ministère en mars 2025.
Car les chiffres le confirment : malgré des décennies d’efforts, la parité reste lointaine.
Le rapport gouvernemental Filles et mathématiques établit la manière dont la part des filles dans les études scientifiques décroit au fur et à mesure de leur avancée dans la scolarité. C’est le phénomène de « tuyau percé » : à chaque palier d’orientation, la proportion de jeunes femmes qui font le choix des études STEM diminue.
Résultat : après une progression régulière jusqu’à la fin des années 2000, leur part plafonne depuis une dizaine d’années pour représenter aujourd’hui moins d’un quart des effectifs en première année d’études STEM. La part des femmes dans les spécialisations liées à l’industrie (ingénierie de transformation et de production) est en chute, pour tous les niveaux de diplômes.
Il faut d’ailleurs rappeler que l’impact de ces écarts sur l’économie est bien réel – les effets estimés sur la croissance sont de l’ordre de 10 Md€ par an – et porteur d’inégalités salariales persistantes, dès lors que les femmes sont sous-représentées dans les secteurs les plus rémunérateurs où on constate un écart salarial de 13 % en début de carrière.
En savoir plus ? Lire la brochure Vers l’égalité femmes-hommes ? Chiffres clés 2025.
Ces biais qui ont la vie dure
Alors comment explique-t-on que les jeunes femmes, qui excellent pourtant dans les matières scientifiques, continuent de se détourner des STEM ?
C’est moins contre des normes qu’il nous faut aujourd’hui lutter, que contre des représentations et des récits, qui assignent à des métiers un genre, là où il n’y a que des compétences et des ambitions.
Sylvie Retailleau, dans une interview pour Newstank : Femmes et sciences : « Lutter contre des représentations et des récits », le 8 mars 2024.
Les freins sont bien identifiés et dépassent la simple notion d’attrait ou d’envie – et de loin celle des capacités. Ils relèvent de verrous culturels profondément ancrés : stéréotypes de genre, manque de rôle-modèles, biais dans l’orientation et parfois encore propos dissuasifs de la part des pairs ou du corps enseignant.
« Bien que la recherche en sciences sociales prouve que le goût et la capacité en sciences n’ont rien d’inné, les croyances en des différences naturelles entre les sexes persistent et entravent les ambitions scientifiques des filles. Contrairement aux idées reçues, les filles ne « s’auto-censurent » pas en sciences : elles y sont censurées socialement. L’absence d’intérêt ou de confiance en soi n’est jamais le point de départ de leur situation : elle est le résultat de leur expérience répétée des stéréotypes et de la discrimination. »
Clémence Perronnet, sociologue de la culture, des sciences et des inégalités sociales.
La dernière enquête Gender Scan 2025 met en lumière le poids persistant, voire croissant, des prescripteurs négatifs : 40 % des étudiantes en STEM déclarent avoir été découragées, notamment – et c’est nouveau – par leurs amies et amis.
Le rapport de 2024 de l’Académie des sciences, Sciences : où sont les femmes ?, souligne de son côté à quel point ces stéréotypes prennent racine très tôt : les manuels scolaires continuent de représenter les scientifiques au masculin, tandis que la faible proportion de chercheuses et enseignantes-chercheuses dans les disciplines comme les mathématiques, la physique ou l’informatique renforce l’invisibilité des femmes et alimente le sentiment de ne pas être à leur place.
À croire que l’effet Matilda, ce mécanisme bien documenté d’invisibilisation des contributions féminines à la recherche, reste encore à l’œuvre, malgré les efforts croissants pour le combattre.
On ne rappellera jamais assez le rôle décisif joué par les modèles d’ingénieures et femmes scientifiques dans le parcours des plus jeunes. Et au-delà des quelques trajectoires si exceptionnelles qu’elles en deviennent hors normes et nécessairement hors d’atteinte pour la grande majorité des jeunes femmes, ne surtout pas oublier celles des étudiantes ingénieures et jeunes diplômées « ordinaires » qui permettent l’identification, l’inspiration et plus que tout, le passage à l’action.
Des initiatives pour changer les trajectoires
Face à ce constat, la mobilisation s’accélère et les initiatives se multiplient.
Du côté de l’Institut Mines-Télécom, nous avons placé l’inclusion et l’égalité femmes-hommes au cœur de notre stratégie au travers d’actions au niveau collectif et au sein de nos écoles.
- Le plan d’amélioration continue de l’IMT pour créer un environnement favorable au bien-être, à la réussite des études et au développement de l’employabilité des élèves en fait partie. C’est d’ailleurs dans ce cadre que l’IMT a déployé, sur la période 2024-2026, son plan de lutte contre le harcèlement, les violences sexistes et sexuelles et les discriminations (HVSSD), un cadre renforcé pour assurer un climat de travail et d’étude où chacune et chacun se sent en sécurité et respecté.
- Localement, de nombreuses initiatives sont à l’œuvre dans les écoles de l’IMT : le PINKCC Challenge d’IMT Mines Alès en est un exemple !
- Au travers d’articles et de portraits, l’équipe de rédaction d’I’MTech, le site d’actualité scientifique de l’IMT, met en lumière des chercheuses et ingénieures dont les travaux et l’engagement contribuent à réduire les inégalités et à faire avancer la science : retrouvez-y notamment les portraits d’ Anne Bergeret, Alexandra Vallet, Valérie Forest, Michèle Wigger, Maria A. Zuluaga…
En savoir plus ? Lire le rapport Sciences : où sont les femmes ?
ZOOM : le programme Ambassadrices IMT
C’est en réponse à ces problématiques qu’a été créé, avec la Fondation Mines-Télécom, le programme Ambassadrices de l’IMT, un cycle de formation et de sensibilisation porté par les élèves de nos écoles d’ingénieur, afin d’encourager les jeunes femmes à sauter le pas vers les sciences.
Une simple rencontre peut parfois suffire à éveiller une vocation. Participer au programme #AmbassadricesIMT m’a permis de réaliser à quel point les modèles sont essentiels pour les jeunes filles au collège et au lycée. J’ai pu transmettre ce que j’aurais aimé entendre lorsque j’étais moi-même collégienne ou lycéenne. Je voulais, à mon échelle, contribuer à faire évoluer cette situation.
Maïlys Caujolle, étudiante ingénieure à Ecole des Mines de Saint-Etienne et #AmbassadriceIMT.
Concrètement, les étudiants et étudiantes sélectionnées pour intégrer le programme vont à la rencontre des collégiennes et lycéennes dans le cadre d’interventions visant à briser les stéréotypes et inspirer des vocations. Tout au long du programme (et même après !), les #AmbassadricesIMT bénéficient également d’un mentorat à travers le marrainage des mécènes de la Fondation Mines-Télécom.
Cet engagement, en plus d’ouvrir les portes à de nombreuses rencontres et opportunités, est d’ailleurs valorisé dans la plupart des écoles et leur permet de valider des ECTS supplémentaires !
En 2023-2024, ce sont 55 bénévoles qui se sont engagées dans le programme et qui ont accompagné plus de 2 500 collégiennes, collégiens, lycéennes et lycéens !
📢 Vous aussi, sensibilisez vos élèves aux études et carrières scientifiques en accueillant des #AmbassadricesIMT dans votre collège ou lycée. Contactez-nous à ambassadrices@imt.fr.
Vers une ingénierie plus inclusive pour un avenir durable
La pénurie d’ingénieures et ingénieurs n’est pas une fatalité. Elle nous invite à repenser nos modèles, nos représentations et nos priorités. Car derrière les chiffres, ce sont autant de vocations à éveiller, de parcours à soutenir, de talents à révéler.
L’ingénierie, par essence, est un métier d’ouverture et de transformation. Elle ne peut pas se priver de la moitié de ses forces vives. Encourager les jeunes femmes à rejoindre ces domaines, c’est plus qu’un enjeu d’égalité : c’est une condition de réussite collective, d’innovation et de durabilité.
C’est tout le sens de l’engagement de l’Institut Mines-Télécom, qui s’inscrit pleinement dans l’ambition nationale de féminisation des formations d’ingénierie, avec la volonté affirmée de progresser vers 40 % de jeunes femmes recrutées d’ici 2030 dans ses écoles. Pour y parvenir, l’IMT mobilise collectivement des leviers de diversification des recrutements, d’actions spécifiques sur la mixité, et fait émerger des parcours de formation attractifs pour les jeunes femmes.
Le lancement de l’Année de l’ingénierie donne aujourd’hui une visibilité nationale à cet enjeu. L’Institut Mines-Télécom y prend toute sa part : en racontant des parcours, en soutenant les vocations et en démontrant que la diversité est un moteur de créativité et d’excellence.
Devenir ingénieure, c’est à la fois un choix individuel et un levier collectif pour relever les grands défis technologiques, écologiques et sociétaux. Ensemble, faisons sauter les verrous pour ouvrir la voie à une ingénierie plus inclusive, plus créative et plus humaine, à l’image du monde qu’elle veut construire.




