La Tour Eiffel s’apprête à inscrire sur sa structure les noms de 72 femmes scientifiques dont les travaux ont marqué durablement l’histoire des sciences en France. Cette initiative forte met en lumière des parcours longtemps restés invisibles et rappelle le rôle essentiel des femmes dans le progrès scientifique.
Parmi ces 72 figures d’exception, deux femmes sont diplômées d’écoles de l’Institut Mines-Télécom, le premier groupe public de Grandes Écoles d’ingénieurs et de management en France. Leurs trajectoires, pionnières et inspirantes, résonnent particulièrement avec l’engagement de l’Institut Mines-Télécom en faveur de l’excellence scientifique, de la diversité et de la transmission des savoirs.
Rose Dieng-Kuntz, pionnière de l’intelligence artificielle et du web sémantique
Rose Dieng-Kuntz (1956-2008) est informaticienne et figure majeure de la recherche en intelligence artificielle. Née au Sénégal dans un milieu modeste, elle devient en 1976 la première femme africaine admise à l’École polytechnique. Diplômée de Télécom Paris (promotion 1980), elle poursuit avec un doctorat en informatique, avant de se spécialiser dans un domaine alors émergent : l’intelligence artificielle.
Après une première expérience chez Digital Equipment Corporation, elle rejoint l’INRIA en 1985. Très tôt, Rose Dieng-Kuntz perçoit le potentiel du web comme outil de diffusion et de partage des connaissances. À la fin des années 1990, elle fait partie des chercheuses pionnières du web sémantique, un concept visant à structurer et relier les données du web afin qu’elles puissent être comprises et exploitées à la fois par les machines et par les humains.
En 1999, lors du lancement de cette nouvelle vision du web, elle conduit son équipe parmi les premières à développer des modèles et algorithmes intelligents permettant l’extraction, la formalisation et le traitement automatique des données. Ses travaux contribuent durablement à l’évolution des systèmes d’information et des usages du numérique.
Chercheuse reconnue au niveau international, Rose Dieng-Kuntz est honorée par le prix Irène Joliot-Curie en 2005. Elle décède prématurément en 2008, laissant derrière elle un héritage scientifique majeur et un parcours emblématique de l’ouverture des sciences à tous les talents.
Anne-Marcelle Schrameck, première femme ingénieure diplômée d’une grande école
Anne-Marcelle Schrameck (1896-1965) est ingénieure chimiste et une figure pionnière de l’ingénierie française. En 1917, elle intègre Mines Saint-Étienne, devenant la première femme admise dans une grande école d’ingénieurs. Elle en sort diplômée en 1919. L’école fermera ensuite ses portes aux femmes pendant plus de cinquante ans, jusqu’en 1970.
Dès 1920, Anne-Marcelle Schrameck est recrutée par l’usine de produits chimiques Kuhlmann, en Lorraine. Elle y exerce des fonctions techniques exigeantes et descend jusqu’à 700 mètres sous terre pour contrôler les travaux, dans un univers industriel alors presque exclusivement masculin.
Elle quitte l’industrie en 1922, à la suite de son mariage avec Louis Kahn, ingénieur du Génie maritime, qu’elle accompagne dans ses affectations successives à Brest, Saïgon puis Lorient. Après une période particulièrement difficile durant la Seconde Guerre mondiale, elle poursuit sa carrière dans la fonction publique, occupant des postes administratifs à Alger puis à Paris, au ministère des Affaires étrangères.
Son parcours illustre les obstacles structurels rencontrés par les femmes ingénieures au début du XXe siècle, mais aussi leur capacité à investir des espaces scientifiques et techniques jusque-là inaccessibles.
Une reconnaissance qui fait écho aux chercheuses d’aujourd’hui
L’inscription des noms de Rose Dieng-Kuntz et d’Anne-Marcelle Schrameck sur la tour Eiffel dépasse la reconnaissance individuelle. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de mise en lumière des contributions scientifiques des femmes et rappelle combien l’excellence se construit dans la durée, par la diversité des parcours et des regards.
À l’Institut Mines-Télécom, cet héritage résonne avec l’engagement constant du groupe et de ses écoles en faveur d’une recherche d’excellence ouverte et inclusive. Aujourd’hui, de nombreuses chercheuses contribuent, par leurs travaux, à faire progresser les sciences et les technologies dans des domaines clés pour les grandes transitions contemporaines.
Certaines figurent parmi les 2 % des scientifiques les plus cités au monde (classement Elsevier 2024), à l’image d’Isabelle Bloch à Télécom Paris, Catherine Tucker à Institut Mines-Télécom Business School ou Maria Inês Ré à IMT Mines Albi.
D’autres ont vu leurs parcours et leurs travaux mis en lumière dans I’MTech, le média sciences et technologies de l’Institut Mines-Télécom, comme Valérie Forest à Mines Saint-Étienne, Cléa Martinez à IMT Mines Albi, Anne Bergeret à IMT Mines Alès, Maria Zuluaga à EURECOM ou encore Elsa Dupraz à IMT Atlantique, lauréate du Prix Espoir IMT – Académie des sciences 2024.
Ces trajectoires contemporaines prolongent l’élan initié par les pionnières. Elles rappellent que l’innovation naît de la richesse des perspectives, du collectif et de la transmission, et que l’Institut Mines-Télécom continue d’accompagner celles et ceux qui imaginent et construisent les sciences et les technologies de demain.




